La méthode ADVP
Présentation GLOBALE du modèle de l’approche éducative de l’Activation du Développement Vocationnel et Personnel (ADVP)
Origines, auteurs, finalités et principes
« La démarche éducative » que je présente et sur laquelle nous nous appuyons pour développer des pratiques d’animation et d’accompagnement est issue du modèle de l’Activation du Développement Vocationnel et Personnel (ADVP).
Ce modèle a été établi en 1974 par les canadiens. Denis Pelletier, Charles Bujold et Gilles Noiseux (professeurs à
l’université de Laval, en sciences de l’éducation ou en psychologie, spécialisés dans l’orientation) sur la base de différents travaux de recherche nord-américains : ceux définissant les étapes d’un projet professionnel ou de vie (simplifiées en 4 étapes principales), le modèle de l’intelligence de Joy Paul Guilford, repérant 120 habiletés intellectuelles (réinvesties dans les types de tâches correspondant aux différentes étapes) et enfin l’approche centrée sur la personne de Carl Rogers, psychologue humaniste américain, qui sous-tend le modèle de relation d’aide et d’accompagnement personnel (avec empathie, congruence et considération positive inconditionnelle).
Ces trois psychologues et conseillers d’orientation ont développé cette démarche dans le but de traiter et de dépasser les difficultés suivantes :
• en orientation, comment travailler efficacement avec tous et pas seulement avec ceux qui ont déjà un projet ?
• comment accompagner en permettant à la personne de se développer et de rester l’auteur de ses choix ?
• comment aider chacun à trouver la place qui lui convient dans la société, sans que ses choix lui soient dictés par les autres ou par les circonstances ?
Comment aider à élaborer, choisir, mettre en œuvre un projet en conscience ?
L’objectif de l’élaboration de ce modèle était de répondre à la préoccupation des conseillers d’orientation de pouvoir
accompagner les personnes qui n’avaient pas spontanément de projet. Se démarquant ainsi de l’idée de l’émergence (un projet préexiste chez eux et il faut l’aider à émerger), il se base sur le postulat qu’un projet peut se construire dans le temps en respectant certaines étapes. Si l’on envisage un changement de comportement comme un projet personnel de mise en œuvre d’une nouvelle pratique, on considère que le modèle ADVP offre des points de repères intéressants.
La démarche éducative a comme finalité de parvenir, sur un sujet donné, à travailler avec le plus grand nombre et, en particulier, avec ceux qui spontanément ne sont pas prêts à agir.
Cette approche amène à différencier les interventions de l’accompagnateur en fonction des besoins des personnes auprès de qui il travaille.
Pour accompagner une personne en vue de la prise en compte d’une question et de l’implication dans l’action, il est donc important de situer dans quelle « étape » de la progression cette personne a besoin d’être aidée, c’est-à-dire de repérer l’étape que cette personne n’a pas encore franchie par elle-même. Il faudra alors lui proposer des activités permettant de travailler sur cette étape, sans présager du résultat pour elle et sans pression.
Exploration
(Découvrir)
Cristallisation
(Comprendre)
Spécification
(Hierarchiser/Choisir)
Réalisation
(Agir, sans se décourager
L’exploration (découvrir)
Il s’agit de découvrir le maximum d’informations nouvelles et différentes sur : le sujet que l’on traite, sur les relations que chaque personne entretien avec ce sujet et sur la manière dont les autres perçoivent le sujet.
Les activités d’exploration favorisent l’ouverture aux autres et une perception le plus large possible du thème traité.
Elles stimulent et sont favorisées par la pensée créative et la curiosité.
La cristallisation (comprendre)
Il s’agit à cette étape non plus de découvrir mais de comprendre. Il s’agit donc de préciser, de différencier, d’identifier les liens (causes, conséquences) qui existent entre différents aspects. Les informations échangées et produites à cette étape fournissent non pas la vision la plus large possible des questions étudiées mais favorisent la production d’explications possibles.
Comme pour l’étape précédente on peut travailler sur « soi » (comprendre ce que le sujet vient questionner dans mes habitudes de consommation par exemple), sur le « sujet » et sur les « autres ». Les activités de cristallisation font appel à la pensée conceptuelle et au besoin d’ordre. Ces deux caractéristiques facilitent aussi l’entrée des personnes dans ce type d’activité.
La spécification (hiérarchiser/choisir)
Elle est l’étape du choix, de la décision d’agir ou non, en toute connaissance de cause. À cette étape on aide les
personnes à identifier leurs priorités, ce qui est le plus important pour elles, et leurs contraintes, afin qu’elles soient en mesure de faire un choix conscient et assumé, mêlant le « désirable » et le « faisable » dans les proportions qui leur conviennent.
Les informations échangées et produites à cette étape favorisent la prise de décision et l’engagement. Il s’agit alors de permettre aux personnes de clarifier les diverses influences qui s’exercent sur elles, qu’elles viennent d’elles-mêmes
(valeurs, croyances…) ou des autres (influences familiales, professionnelles, culturelles), mais aussi d’identifier les
actions à entreprendre qui lui conviendraient le mieux (travail sur le sujet). Les activités de spécification sollicitent la
pensée évaluative et le sens critique et sont facilitées par ces deux qualités.
La réalisation (agir sans se décourager)
Elle consiste à travailler à la mise en œuvre de la décision prise à l’étape précédente. Les informations produites et
reçues sont utiles et opérationnelles, elles permettent d’agir. Ici sont mobilisés et facilitateurs la pensée implicative et le souci d’efficacité.
Pour la phase de réalisation il est parfois question d’« agir sans se désespérer » pour indiquer qu’il s’agit d’une action surmontant les difficultés dans la durée : cette dernière phase correspond à la consolidation de l’action.
Attention les activités qui caractérisent majoritairement chaque étape constituent aussi les activités de base de
notre fonctionnement et peuvent parfois être sollicitées à d’autres étapes également. Cela peut donner le sentiment
que la démarche n’est pas tout à fait linéaire, mais plutôt cumulative :
Intérêts et incidences sur les pratiques d’animation et d’accompagnement
Si les gens ne s’impliquent pas, ça n’est pas forcément qu’ils n’adhérent pas, mais c’est sans doute que nous les sollicitons sur une étape qui ne correspond pas à « là où ils en sont ».
Accompagner une personne, un collectif consiste donc, dans un premier temps, à identifier l’étape pour laquelle cette personne, ce collectif a besoin d’être aidé.
Concrètement, il faut se poser la question : quelle est l’étape qui n’est pas franchie ?
Cette approche amène ainsi à mieux positionner l’aide proposée par l’accompagnant(e)
Pour concevoir les modalités d’accompagnement on passe alors d’une logique de prérequis (centrée sur les résultats attendus) vis-à-vis des personnes et des groupes à une logique de prise en compte des besoins (centrée sur les personnes ou les groupes).
Par exemple :
• Si le public n’a pas encore conscience de la problématique, il ne sera pas pertinent de lui proposer des moyens
d’action concernant la résolution du problème.
• Si le public a conscience de la problématique et qu’il souhaite agir mais ne sait pas comment faire, on peut le perdre
avec des animations uniquement basées sur la découverte.
Le travail de l’animateur consiste à bâtir et accompagner une progression à partir des hypothèses qu’il fait sur les besoins des personnes et/ou des collectifs auprès de qui il intervient.
Compte tenu du sujet (de la question, du projet) que l’on veut aborder, que l’on veut traiter, les personnes avec lesquelles on va travailler vont avoir besoin d’être aidées pour…
La question à se poser est : qu’est-ce qui, aujourd’hui, les empêche d’aller plus loin ? Ce sont parfois les freins qu’ils expriment qui nous donnent la réponse à cette question. C’est pourquoi l’expression des freins est précieuse pour ajuster l’accompagnement. (Cf. fiche « Les freins, des portes d’entrée vers l’étape de changement à franchir en démarche ADVP »).
Les 3 champs thématiques
Les 3 champs thématiques sont les différents types de contenus que l’on peut choisir d’aborder pour structurer une démarche éducative : le Monde des activités humaines, le Soi, l’Entourages-les autres.
Dans le Monde des activités humaines se trouve tout ce qui concerne le sujet sur lequel on travaille : aspects sociaux, idéologiques, historiques, techniques…
Le Soi concerne l’ensemble des perceptions que la personne, le groupe a du sujet sur lequel on travaille et dont ils sont conscients.
Le champ thématique de l’Entourage s’intéresse à la façon dont les autres comprennent et organisent leurs relations au sujet sur lequel on travaille.
A chaque étape de la progression, on peut travailler sur un ou plusieurs champs thématiques, en fonction des points qu’il semble le plus intéressant d’éclairer :
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Enfin, la mise en œuvre de la démarche éducative, l’accompagnement du « développement » des personnes et des
groupes est favorisé par les approches expérientielles.
Sources, Références citées par cette source, pour les extraits utilisés dans cette fiche :
Denis PELLETIER « Le projet ou l’élaboration cognitive du besoin », Revue Éducation Permanente, 86, 1986,
p. 29-39. Denis PELLETIER, Raymonde BUJOLD, et coll., Pour une approche éducative en orientation, Gaëtan Morin
Editeur, 1984, 465 p. Wikipédia, page « Activation du développement vocationnel et personnel »